Tartuffe

Molière

 

« Contre la médisance il n’est point de rempart.

À tous les sots caquets n’ayons donc nul égard ;

Efforçons-nous de vivre avec toute innocence,

Et laissons aux causeurs une pleine licence. » (Acte I, Cléante)

 

« Ceux de qui la conduite offre le plus à rire

Sont toujours sur autrui les premiers à médire :

Ils ne manquent jamais de saisir promptement

L’apparente lueur du moindre attachement,

D’en semer la nouvelle avec beaucoup de joie,

Et d’y donner le tour qu’ils veulent qu’on y croie ;

Des actions d’autrui, teintes de leurs couleurs,

Ils pensent dans le monde autoriser les leurs,

Et, sous le faux espoir de quelque ressemblance,

Aux intrigues qu’ils ont donner de l’innocence,

Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés

De ce blâme public dont ils sont trop chargés » (Acte I, Dorine)

 

« C’est un homme… qui… ah !… un homme… un homme enfin.

Qui suit bien ses leçons, goûte une paix profonde

Et comme du fumier regarde tout le monde » (Acte I, Orgon)

 

« Mais, en un mot, je sais, pour toute ma science,

Du faux avec le vrai faire la différence.

Et comme je ne vois nul genre de héros

Qui soient plus à priser que les parfaits dévots,

Aucune chose au monde et plus noble, et plus belle,

Que la sainte ferveur d’un véritable zèle ;

Aussi ne vois-je rien qui soit plus odieux

Que le dehors plâtré d’un zèle spécieux,

Que ces francs charlatans, que ces dévots de place,

De qui la sacrilège et trompeuse grimace

Abuse impunément, et se joue, à leur gré,

De ce qu’ont les mortels de plus saint et sacré ;

[…]

Mais les dévots de cœur sont aisés à connaître.

Notre siècle, mon frère, en expose à nos yeux

Qui peuvent nous servir d’exemples glorieux.

[…]

Ce titre par aucun ne leur est débattu ;

Ce ne sont point du tout fanfarons de vertu,

On ne voit point en eux ce faste insupportable,

Et leur dévotion est humaine, est traitable :

Ils ne censurent point toutes nos actions,

Ils trouvent trop d’orgueil dans ces corrections ;

Et, laissant la fierté des paroles aux autres,

C’est par leurs actions qu’ils reprennent les nôtres.

L’apparence du mal a chez eux peu d’appui,

Et leur âme est portée à juger bien d’autrui.

Point de cabale en eux, point d’intrigues à suivre ;

On les voit, pour tous soins, se mêler de bien vivre.

Jamais contre un pécheur ils n’ont d’acharnement,

Ils attachent leur haine au péché seulement,

Et ne veulent point prendre avec un zèle extrême

Les intérêts du ciel, plus qu’il ne veut lui-même.

Voilà mes gens, voilà comme il en faut user,

Voilà l’exemple enfin qu’il se faut proposer. » (Acte I, Cléante)

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