Maximes et Réflexions diverses

François de La Rochefoucauld

Édition de référence : Folio classique, 1976

 

Note : afin de faciliter la lecture, le numéro des pages afférant aux maximes ne sera pas notifié – la numérotation permettant facilement, pour toute personne souhaitant consulter l’édition, de les retrouver.

 

Préface (Jean Lafond)

« Sainte-Beuve déjà constatait que l’éthique des Maximes, c’est l’éthique janséniste moins la Rédemption. Nous reviendrons sur la réserve, mais il nous paraît impossible en effet d’éclairer la double dénonciation de l’amour-propre et des « vertus apparentes », qui est au centre de l’œuvre, sans en référer à l’anthropologie augustinienne, telle qu’elle s’exprime en particulier dans la Cité de Dieu. L’homme est, selon saint Augustin, sollicité par deux motivations : l’amour de Dieu, ou charité, qui est à l’origine de la cité de Dieu, de la Jérusalem céleste, et la cupidité ou amour-propre, qui est à l’origine de la Babylone terrestre. Comme l’écrit le Père Louis de Grenade, dans un Catéchisme très diffusé alors et peu suspect d’hérésie janséniste : les habitants « de Jérusalem sont tous les bons, ceux de Babylone sont tous les méchants ; le capitaine des premiers est Jésus-Christ, et celui des autres est le diable. La Jérusalem céleste est édifiée par l’amour de Dieu, qui porte au mépris de soi-même, et la Babylone terrestre par l’amour-propre, qui porte les hommes à mépriser Dieu pour leur intérêt ». » (p.10-11)

« L’amour-propre est donc l’ennemi intérieur à poursuivre avec une vigilance de tous les instants, puisque, étant l’« anti-Dieu » dont parle Saint Cyran, il est l’obstacle premier à toute vie spirituelle et à toute vérité de soi. » (p.11)

« Quant à la dénonciation de « ce que nous prenons pour des vertus », elle est dirigée, dans un premier temps, contre ces « vertus apparentes » que sont les vertus de la sagesse antique. Dans sa lutte contre le paganisme, saint Augustin récuse les morales qui ont été construites dans l’ignorance du Christ. Si l’homme a pu trouver la sagesse et le bonheur en se passant du Christ, à quoi bon l’incarnation ? Toutes les vertus des Stoïciens, ces athlètes de la tension morale, n’étaient que de fausses vertus, puisque, n’ayant pas le Christ pour but, elles étaient sans valeur : leur constance si vantée n’était qu’un orgueil bien caché, leur mépris de la mort qu’une forfanterie, leur modération qu’un équilibre précaire entre des vices qui ne s’annihilaient que parce qu’ils se contrariaient. Cette condamnation des vertus des « philosophes », et spécialement des plus ambitieux d’entre eux, les Stoïciens, nous la retrouverons dans les Maximes, et dès le frontispice. N’est-ce pas à Sénèque que l’Amour de la Vérité, allégorie chère aux augustiniens, ôte son masque, faisant apparaître sous l’impassibilité du sage l’inquiétude et le désarroi ? Or Sénèque est un des maîtres de la pensée morale du XVIIe siècle, et le débat, abordé au Concile de Trente, touchant au problème de la « vertu des païens », dépasse, par l’enjeu qui y est engagé, le cadre strictement théologique : c’est toute la philosophie morale de l’antiquité qui est en cause, et la légitimité de son réinvestissement dans la pensée chrétienne. En ce sens, c ’est l’un des plus grands apports de la Renaissance, l’humanisme comme synthèse de la pensée chrétienne et de la pensée antique, qui est mis en question, et La Rochefoucauld prend rang parmi ceux qui récusent la sagesse humaniste […] » (p.12-13)

 

Maximes

1. « Ce que nous prenons pour des vertus n’est souvent qu’un assemblage de diverses actions et de divers intérêts, que la fortune ou notre industrie savent arranger ; et ce n’est pas toujours par valeur et par chasteté que les hommes sont vaillants, et que les femmes sont chastes. »

6. « La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles. »

7. « Ces grandes et éclatantes actions qui éblouissent les yeux sont représentées par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d’ordinaire les effets de l’humeur et des passions. Ainsi la guerre d’Auguste et d’Antoine, qu’on rapporte à l’ambition qu’ils avaient de se rendre maîtres du monde, n’était peut-être qu’un effet de jalousie. »

8. « Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les règles sont infaillibles ; et l’homme le plus simple qui a de la passion persuade mieux que le plus éloquent qui n’en a point. »

11. « Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. L’avarice produit quelquefois la prodigalité, et la prodigalité l’avarice ; on est souvent ferme par faiblesse, et audacieux par timidité. »

14. « Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures ; ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages. L’application à récompenser le bien, et à se venger du mal, leur paraît une servitude à laquelle ils ont peine de se soumettre. »

16. « Cette clémence dont on fait une vertu se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble. »

30. « Nous avons plus de force que de volonté ; et c’est souvent pour nous excuser à nous-mêmes que nous nous imaginons que les choses sont impossibles. »

31. « Si nous n’avions point de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer dans les autres. »

34. « Si nous n’avions point d’orgueil, nous ne nous plaindrions pas de celui des autres. »

35. « L’orgueil est égal dans tous les hommes, et il n’y a de différence qu’aux moyens et à la manière de le mettre au jour. »

38. « Nous promettons selon nos espérances, et nous tenons selon nos craintes. »

56. « Pour s’établir dans le monde, on fait tout ce que l’on peut pour y paraître établi. »

57. « Quoique les hommes se flattent de leurs grandes actions, elles ne sont pas souvent les effets d’un grand dessein, mais des effets du hasard. »

61. « Le bonheur et le malheur des hommes ne dépend pas moins de leur humeur que de la fortune. »

64. « La vérité ne fait pas tant de bien dans le monde que ses apparences y font de mal. »

70. « Il n’y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l’amour où il est, ni le feindre où il n’est pas. »

71. « Il n’y a guère de gens qui ne soient honteux de s’être aimés quand ils ne s’aiment plus. »

72. « Si on juge de l’amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu’à l’amitié. »

73. « On peut trouver des femmes qui n’ont jamais eu de galanterie ; mais il est rare d’en trouver qui n’en aient jamais eu qu’une. »

75. « L’amour aussi bien que le feu ne peut subsister sans un mouvement continuel ; et il cesse de vivre dès qu’il cesse d’espérer ou de craindre. »

78. « L’amour de la justice n’est en la plupart des hommes que la crainte de souffrir l’injustice. »

79. « Le silence est le parti le plus sûr de celui qui se défie de soi-même. »

80. « Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c’est qu’il est difficile de connaître les qualités de l’âme, et facile de connaître celles de l’esprit. »

81. « Nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous, et nous ne faisons que suivre notre goût et notre plaisir quand nous préférons nos amis à nous-mêmes ; c’est néanmoins par cette préférence seule que l’amitié peut être vraie et parfaite »

83. « Ce que les hommes ont nommé amitié n’est qu’une société, qu’un ménagement réciproque d’intérêts, et qu’un échange de bons offices ; ce n’est enfin qu’un commerce où l’amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner. »

86. « Notre défiance justifie la tromperie d’autrui. »

87. « Les hommes ne vivraient pas longtemps en société s’ils n’étaient les dupes les uns des autres. »

89. « Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement. »

90. « Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos défauts que par nos bonnes qualités. »

93. « Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n’être plus en état de donner de mauvais exemples. »

96. « Tel homme est ingrat, qui est moins coupable de son ingratitude que celui qui lui a fait du bien. »

103. « Tous ceux qui connaissent leur esprit ne connaissent pas leur cœur. »

104. « Les hommes et les affaires ont leur point de perspective. Il y en a qu’il faut voir de près pour en bien juger, et d’autres dont on ne juge jamais si bien que quand on en est éloigné. »

106. « Pour bien savoir les choses, il en faut savoir le détail ; et comme il est presque infini, nos connaissances sont toujours superficielles et imparfaites. »

107. « C’est une espèce de coquetterie de faire remarquer qu’on n’en fait jamais. »

111. « Plus on aime une maîtresse, et plus on est près de la haïr. »

112. « Les défauts de l’esprit augmentent en vieillissant comme ceux du visage. »

113. « Il y a de bons mariages, mais il n’y en a point de délicieux. »

115. « Il est aussi facile de se tromper soi-même sans s’en apercevoir qu’il est difficile de tromper les autres sans qu’ils s’en aperçoivent. »

116. « Rien n’est moins sincère que la manière de demander et de donner des conseils. Celui qui en demande paraît avoir une déférence respectueuse pour les sentiments de son ami, bien qu’il ne pense qu’à lui faire approuver les siens, et à le rendre garant de sa conduite. Et celui qui conseille paye la confiance qu’on lui témoigne d’un zèle ardent et désintéressé, quoiqu’il ne cherche le plus souvent dans les conseils qu’il donne que son propre intérêt ou sa gloire. »

117. « La plus subtile de toutes les finesses est de savoir bien feindre de tomber dans les pièges que l’on nous tend, et on n’est jamais si aisément trompé que quand on songe à tromper les autres. »

119. « Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu’enfin nous nous déguisons à nous-mêmes. »

124. « Les plus habiles affectent toute leur vie de blâmer les finesses pour s’en servir en quelque grande occasion et pour quelque grand intérêt. »

125. « L’usage ordinaire de la finesse est la marque d’un petit esprit, et il arrive presque toujours que celui qui s’en sert pour se couvrir en un endroit, se découvre en un autre. »

127. « Le vrai moyen d’être trompé, c’est de se croire plus fin que les autres. »

134. « On n’est jamais si ridicule par les qualités que l’on a que par celles que l’on affecte d’avoir. »

135. « On est quelquefois aussi différent de soi-même que des autres. »

136. « Il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour. »

137. « On parle peu quand la vanité ne fait pas parler. »

138. « On aime mieux dire du mal de soi-même que de n’en point parler. »

139. « Une des choses qui fait que l’on trouve si peu de gens qui paraissent raisonnables et agréables dans la conversation, c’est qu’il n’y a presque personne qui ne pense plutôt à ce qu’il veut dire qu’à répondre précisément à ce qu’on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se contentent de montrer seulement une mine attentive, au même temps que l’on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un égarement pour ce qu’on leur dit, et une précipitation pour retourner à ce qu’ils veulent dire ; au lieu de considérer que c’est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader, que de chercher si fort à se plaire à soi-même, et que bien écouter et bien répondre est une des plus grandes perfections qu’on puisse avoir dans la conversation. »

147. « Peu de gens sont assez sages pour préférer le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit. »

149. « Le refus des louanges est un désir d’être loué deux fois. »

152. « Si nous ne nous flattions point nous-mêmes, la flatterie des autres ne nous pourrait nuire. »

154. « La fortune nous corrige de plusieurs défauts que la raison ne saurait corriger. »

158. « La flatterie est une fausse monnaie qui n’a de cours que par notre vanité. »

159. « Ce n’est pas assez d’avoir de grandes qualités ; il en faut avoir l’économie. »

162. « L’art de savoir bien mettre en œuvre de médiocres qualités dérobe l’estime et donne souvent plus de réputation que le véritable mérite. »

163. « Il y a une infinité de conduites qui paraissent ridicules, et dont les raisons cachées sont très sages et très solides. »

171. « Les vertus se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. »

175. « La constance en amour est une inconstance perpétuelle, qui fait que notre cœur s’attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons, donnant tantôt la préférence à l’une, tantôt à l’autre ; de sorte que cette constance n’est qu’une inconstance arrêtée et renfermée dans un même sujet. » | A rapprocher de : « Car ce que nous croyons notre amour, notre jalousie, n’est pas une même passion continue, indivisible. Ils se composent de d’une infinité d’amours successifs, de jalousies différentes et qui sont éphémères, mais leur multitude ininterrompue donnent l’impression de la continuité, l’illusion de l’unité. » (Marcel Proust, Du côté de chez Swann, éd. Clarac et Ferré, t.I, p.372)

180. « Notre repentir n’est pas tant un regret du mal que nous avons fait, qu’une crainte de celui qui nous en peut arriver. »

182. « Les vices entrent dans la composition des vertus comme les poisons entrent dans la composition des remèdes. La prudence les assemble et les tempère, et elle s’en sert utilement contre les maux de la vie. »

189. « Il semble que la nature ait prescrit à chaque homme dès sa naissance des bornes pour les vertus et pour les vices. »

193. « Il y a des rechutes dans les maladies de l’âme, comme dans celles du corps. Ce que nous prenons pour notre guérison n’est le plus souvent qu’un relâche ou un changement de mal. »

194. « Les défauts de l’âme sont comme les blessures du corps : quelque soin qu’on prenne de les guérir, la cicatrice paraît toujours, et elles sont à tout moment en danger de se rouvrir. »

196. « Nous oublions aisément nos fautes lorsqu’elles ne sont sues que de nous. »

203. « Le vrai honnête homme est celui qui ne se pique [se vante] de rien. »

204. « La sévérité des femmes est un ajustement et un fard qu’elles ajoutent à leur beauté. »

207. « La folie nous suit dans tous les temps de la vie. Si quelqu’un paraît sage, c’est seulement parce que ses folies sont proportionnées à son âge et à sa fortune. »

208. « Il y a des gens niais qui se connaissent, et qui emploient habilement leur niaiserie. »

209. « Qui vit sans folie n’est pas si sage qu’il croit. »

212. « La plupart des gens ne jugent des hommes que par la vogue qu’ils ont, ou par leur fortune. »

216. « La parfaite valeur est de faire sans témoins ce qu’on serait capable de faire devant tout le monde. »

217. « L’intrépidité est une force extraordinaire de l’âme qui l’élève au-dessus des troubles, des désordres et des émotions que la vue des grands périls pourrait exciter en elle ; et c’est par cette force que les héros se maintiennent en un état paisible, et conservent l’usage libre de leur raison dans les accidents les plus surprenants et les plus terribles. »

220. « La vanité, la honte, et surtout le tempérament, font souvent la valeur des hommes, et la vertu des femmes. »

226. « Le trop grand empressement qu’on a de s’acquitter d’une obligation est une espèce d’ingratitude. »

227. « Les gens heureux ne se corrigent guère ; ils croient toujours avoir raison quand la fortune soutient leur mauvaise conduite. »

230. « Rien n’est si contagieux que l’exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n’en produisent de semblables. Nous imitons les bonnes actions par émulation, et les mauvaises par la malignité de notre nature que la honte retenait prisonnière, et que l’exemple met en liberté. »

231. « C’est une grande folie de vouloir être sage tout seul. »

233. « Il y a dans les afflictions diverses sortes d’hypocrisie. Dans l’une, sous prétexte de pleurer la perte d’une personne qui nous est chère, nous nous pleurons nous-mêmes ; nous regrettons la bonne opinion qu’il avait de nous ; nous pleurons la diminution de notre bien, de notre plaisir, de notre considération. Ainsi les morts ont l’honneur des larmes qui ne coulent que pour les vivants. Je dis que c’est une espèce d’hypocrisie, à cause que dans ces sortes d’afflictions on se trompe soi-même. Il y a une autre hypocrisie qui n’est pas si innocente, parce qu’elle impose à tout le monde : c’est l’affliction de certaines personnes qui aspirent à la gloire d’une belle et immortelle douleur. Après que le temps qui consume tout a fait cesser celle qu’elles avaient en effet, elles ne laissent pas d’opiniâtrer leurs pleurs, leurs plaintes, et leurs soupirs ; elles prennent un personnage lugubre, et travaillent à persuader par toutes leurs actions que leur déplaisir ne finira qu’avec leur vie. Cette triste et fatigante vanité se trouve d’ordinaire dans les femmes ambitieuses. Comme leur sexe leur ferme tous les chemins qui mènent à la gloire, elles s’efforcent de se rendre célèbres par la montre d’une inconsolable affliction. Il y a encore une autre espèce de larmes qui n’ont que de petites sources qui coulent et se tarissent facilement : on pleure pour avoir la réputation d’être tendre, on pleure pour être plaint, on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure pour éviter la honte de ne pleurer pas. »

237. « Nul ne mérite d’être loué de bonté, s’il n’a pas la force d’être méchant : toute autre bonté n’est le plus souvent qu’une paresse ou une impuissance de la volonté. »

240. « On peut dire de l’agrément séparé de la beauté que c’est une symétrie dont on ne sait point les règles, et un rapport secret des traits ensemble, et des traits avec les couleurs et avec l’air de la personne. »

244. « La souveraine habileté consiste à bien connaître le prix des choses. »

245. « C’est une grande habileté que de savoir cacher son habileté. »

246. « Ce qui paraît générosité n’est souvent qu’une ambition déguisée qui méprise de petits intérêts, pour aller à de plus grands. »

249. « Il n’y a pas moins d’éloquence dans le ton de la voix, dans les yeux et dans l’air de la personne, que dans le choix des paroles. »

251. « Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien, et d’autres qui sont disgraciées avec leurs bonnes qualités. »

252. « Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts qu’il est extraordinaire de voir changer les inclinations. »

254. « L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres ; c’est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever ; et bien qu’il se transforme en mille manières, il n’est jamais mieux déguisé et plus capable de tromper que lorsqu’il se cache sous la figure de l’humilité. »

257. « La gravité est un mystère du corps inventé pour cacher les défauts de l’esprit. »

262. « Il n’y a point de passion où l’amour de soi-même règne si puissamment que dans l’amour ; et on est toujours plus disposé à sacrifier le repos de ce qu’on aime qu’à perdre le sien. »

264. « La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les maux d’autrui. C’est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber ; nous donnons du secours aux autres pour les engager à nous en donner en de semblables occasions ; et ces services que nous leur rendons sont à proprement parler des biens que nous nous faisons à nous-mêmes par avance. »

266. « C’est se tromper que de croire qu’il n’y ait que les violentes passions, comme l’ambition et l’amour, qui puissent triompher des autres. La paresse, toute languissante qu’elle est, ne laisse pas d’en être souvent la maîtresse ; elle usurpe sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie ; elle y détruit et y consume insensiblement les passions et les vertus. »

267. « La promptitude à croire le mal sans l’avoir assez examiné est un effet de l’orgueil et de la paresse. On veut trouver des coupables ; et on ne veut pas se donner la peine d’examiner les crimes. »

277. « Les femmes croient souvent aimer encore qu’elles n’aiment pas. L’occupation d’une intrigue, l’émotion d’esprit que donne la galanterie, la pente naturelle au plaisir d’être aimées, et la peine de refuser, leur persuadent qu’elles ont de la passion lorsqu’elles n’ont que de la coquetterie. »

282. « Il y a des faussetés déguisées qui représentent si bien la vérité que ce serait mal juger que de ne s’y pas laisser tromper. »

286. « Il est impossible d’aimer une seconde fois ce qu’on a véritablement cessé d’aimer. »

287. « Ce n’est pas tant la fertilité de l’esprit qui nous fait trouver plusieurs expédients sur une même affaire, que c’est le défaut de lumière qui nous fait arrêter à tout ce qui se présente à notre imagination, et qui nous empêche de discerner d’abord ce qui est le meilleur. »

289. « La simplicité affectée est une imposture délicate. »

292. « On peut dire de l’humeur des hommes, comme de la plupart des bâtiments, qu’elle a diverses faces, les unes agréables, et les autres désagréables. »

293. « La modération ne peut avoir le mérite de combattre l’ambition et de la soumettre : elles ne se trouvent jamais ensemble. La modération est la langueur et la paresse de l’âme, comme l’ambition en est l’activité et l’ardeur. »

294. « Nous aimons toujours ceux qui nous admirent ; et nous n’aimons pas toujours ceux que nous admirons. »

298. « La reconnaissance de la plupart des hommes n’est qu’une secrète envie de recevoir de plus grands bienfaits. »

299. « Presque tout le monde prend plaisir à s’acquitter des petites obligations ; beaucoup de gens ont de la reconnaissance pour les médiocres ; mais il n’y a quasi personne qui n’ait de l’ingratitude pour les grandes. »

300. « Il y a des folies qui se prennent comme les maladies contagieuses. »

302. « Ce n’est d’ordinaire que dans de petits intérêts où nous prenons le hasard de ne pas croire aux apparences. »

304. « Nous pardonnons souvent à ceux qui nous ennuient, mais nous ne pouvons pardonner à ceux que nous ennuyons. »

306. « On ne trouve guère d’ingrats tant qu’on est en état de faire du bien. »

307. « Il est aussi honnête d’être glorieux avec soi-même qu’il est ridicule de l’être avec les autres. »

311. « S’il y a des hommes dont le ridicule n’ait jamais paru, c’est qu’on ne l’a pas bien cherché. »

313. « Pourquoi faut-il que nous ayons assez de mémoire pour retenir jusqu’aux moindres particularités de ce qui nous est arrivé, et que nous n’en ayons pas assez pour nous souvenir combien de fois nous les avons contées à une même personne ? »

316. « Les personnes faibles ne peuvent être sincères. »

320. « Louer les princes des vertus qu’ils n’ont pas, c’est leur dire impunément des injures. »

321. « Nous sommes plus près d’aimer ceux qui nous haïssent que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons. »

322. « Il n’y a que ceux qui sont méprisables qui craignent d’être méprisés. »

323. « Notre sagesse n’est pas moins à la merci de la fortune que nos biens. »

326. « Le ridicule déshonore plus que le déshonneur. »

327. « Nous n’avouons de petits défauts que pour persuader que nous n’en avons pas de grands. »

328. « L’envie est plus irréconciliable que la haine. »

330. « On pardonne tant que l’on aime. »

331. « Il est plus difficile d’être fidèle à sa maîtresse quand on est heureux que quand on en est maltraité. »

339. « Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu’à proportion de notre amour-propre. »

340. « L’esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison. »

341. « Les passions de la jeunesse ne sont guère plus opposées au salut que la tiédeur des vieilles gens. »

344. « La plupart des hommes ont comme les plantes des propriétés cachées, que le hasard fait découvrir. »

346. « Il ne peut y avoir de règle dans l’esprit ni dans le cœur des femmes, si le tempérament n’en est d’accord. »

350. « Ce qui nous donne tant d’aigreur contre ceux qui nous font des finesses, c’est qu’ils croient être plus habiles que nous. »

353. « Un honnête homme peut être amoureux comme un fou, mais non pas comme un sot. »

354. « Il y a de certains défauts qui, bien mis en œuvre, brillent plus que la vertu même. »

355. « On perd quelquefois des personnes qu’on regrette plus qu’on n’en est affligé ; et d’autres dont on est affligé, et qu’on ne regrette guère. »

357. « Les petits esprits sont trop blessés des petites choses ; les grands esprits les voient toutes, et n’en sont point blessés. »

358. « L’humilité est la véritable preuve des vertus chrétiennes : sans elle nous conservons tous nos défauts, et ils sont seulement couverts par l’orgueil qui les cache aux autres, et souvent à nous-mêmes. »

361. « La jalousie naît toujours avec l’amour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui. »

366. « Quelque défiance que nous ayons de la sincérité de ceux qui nous parlent, nous croyons toujours qu’ils nous disent plus vrai qu’aux autres. »

372. « La plupart des jeunes gens croient être naturels, lorsqu’ils ne sont que mal polis et grossiers. »

375. « Les esprits médiocres condamnent d’ordinaire tout ce qui passe leur portée. »

376. « L’envie est détruite par la véritable amitié, et la coquetterie par le véritable amour. »

381. « La violence qu’on se fait pour demeurer fidèle à ce qu’on aime ne vaut guère mieux qu’une infidélité. »

386. « Il n’y a point de gens qui aient plus souvent tort que ceux qui ne peuvent souffrir d’en avoir. »

390. « On renonce plus aisément à son intérêt qu’à son goût. »

397. « Nous n’avons pas le courage de dire en général que nous n’avons point de défauts, et que nos ennemis n’ont point de bonnes qualités ; mais en détail nous ne sommes pas trop éloignés de le croire. »

399. « Il y a une élévation qui ne dépend point de la fortune : c’est un certain air qui nous distingue et qui semble nous destiner aux grandes choses ; c’est un prix que nous nous donnons imperceptiblement à nous-mêmes ; c’est par cette qualité que nous usurpons les déférences des autres hommes, et c’est elle d’ordinaire qui nous met plus au-dessus d’eux que la naissance, les dignités, et le mérite même. »

400. « Il y a du mérite sans élévation, mais il n’y a point d’élévation sans quelque mérite. »

406. « Les coquettes se font honneur d’être jalouses de leurs amants, pour cacher qu’elles sont envieuses des autres femmes. »

410. « Le plus grand effort de l’amitié n’est pas de montrer nos défauts à un ami ; c’est de lui faire voir les siens. »

411. « On n’a guère de défauts qui ne soient plus pardonnables que les moyens dont on se sert pour les cacher. »

412. « Quelque honte que nous ayons méritée, il est presque toujours en notre pouvoir de rétablir notre réputation. »

421. « La confiance fournit plus à la conversation que l’esprit. »

426. « La grâce de la nouveauté et la longue habitude, quelque opposées qu’elles soient, nous empêchent également de sentir les défauts de nos amis. »

431. « Rien n’empêche tant d’être naturel que l’envie de le paraître. »

433. « La plus véritable marque d’être né avec de grandes qualités, c’est d’être né sans envie. »

434. « Quand nos amis nous ont trompés, on ne doit que de l’indifférence aux marques de leur amitié, mais on doit toujours de la sensibilité à leurs malheurs. »

449. « Lorsque la fortune nous surprend en nous donnant une grande place sans nous y avoir conduits par degrés, ou sans que nous nous y soyons élevés par nos espérances, il est presque impossible de s’y bien soutenir, et de paraître digne de l’occuper. »

454. « Il n’y a guère d’occasion où l’on fît un méchant marché de renoncer au bien qu’on dit de nous, à condition de n’en dire point de mal. »

456. « On est quelquefois un sot avec de l’esprit, mais on ne l’est jamais avec du jugement. »

457. « Nous gagnerions plus de nous laisser voir tels que nous sommes, que d’essayer de paraître ce que nous ne sommes pas. »

458. « Nos ennemis approchent plus de la vérité dans les jugements qu’ils font de nous que nous n’en approchons nous-mêmes. »

471. « Dans les premières passions les femmes aiment l’amant, et dans les autres elles aiment l’amour. »

475. « L’envie d’être plaint, ou d’être admiré, fait souvent la plus grande partie de notre confiance. »

479. « Il n’y a que les personnes qui ont de la fermeté qui puissent avoir une véritable douceur ; celles qui paraissent douces n’ont d’ordinaire que de la faiblesse, qui se convertit aisément en aigreur. »

482. « L’esprit s’attache par paresse et par constance à ce qui lui est facile ou agréable ; cette habitude met toujours des bornes à nos connaissances, et jamais personne ne s’est donné la peine d’étendre et de conduire son esprit aussi loin qu’il pourrait aller. »

484. « Quand on a le cœur encore agité par les restes d’une passion, on est plus près d’en prendre une nouvelle que quand on est entièrement guéri. »

490. « On passe souvent de l’amour à l’ambition, mais on ne revient guère de l’ambition à l’amour. »

494. « Ce qui fait voir que les hommes connaissent mieux leurs fautes qu’on ne pense, c’est qu’ils n’ont jamais tort quand on les entend parler de leur conduite : le même amour-propre qui les aveugle d’ordinaire les éclaire alors, et leur donne des vues si justes qu’il leur fait supprimer ou déguiser les moindres choses qui peuvent être condamnées. »

495. « Il faut que les jeunes gens qui entrent dans le monde soient honteux ou étourdis : un air capable et composé se tourne d’ordinaire en impertinence. »

 

Réflexions diverses

III. De l’air et des manières

« Il y a un air qui convient à la figure et aux talents de chaque personne ; on perd toujours quand on le quitte pour en prendre un autre. Il faut essayer de connaître celui qui nous est naturel, n’en point sortir, et le perfectionner autant qu’il nous est possible. Ce qui fait que la plupart des petits enfants plaisent, c’est qu’ils sont encore renfermés dans cet air et dans ces manières que la nature leur a donnés, et qu’ils n’en connaissent point d’autres. Ils les changent et les corrompent quand ils sortent de l’enfance : ils croient qu’il faut imiter ce qu’ils voient faire aux autres, et ils ne le peuvent parfaitement imiter ; il y a toujours quelque chose de faux et d’incertain dans cette imitation. Ils n’ont rien de fixe dans leurs manières ni dans leurs sentiments ; au lieu d’être en effet ce qu’ils veulent paraître, ils cherchent à paraître ce qu’ils ne sont pas. Chacun veut être un autre, et n’être plus ce qu’il est : ils cherchent une contenance hors d’eux-mêmes, et un autre esprit que le leur ; ils prennent des tons et des manières au hasard ; ils en font l’expérience sur eux, sans considérer que ce qui convient à quelques-uns ne convient pas à tout le monde, qu’il n’y a point de règle générale pour les tons et pour les manières, et qu’il n’y a point de bonnes copies. Deux hommes néanmoins peuvent avoir du rapport en plusieurs choses sans être copie l’un de l’autre, si chacun suit son naturel ; mais personne presque ne le suit entièrement. On aime à imiter ; on imite souvent, même sans s’en apercevoir, et on néglige ses propres biens pour des biens étrangers, qui d’ordinaire ne nous conviennent pas. Je ne prétends pas, par ce que je dis, nous renfermer tellement en nous-mêmes que nous n’ayons pas la liberté de suivre des exemples, et de joindre à nous des qualités utiles ou nécessaires que la nature ne nous a pas données : les arts et les sciences conviennent à la plupart de ceux qui s’en rendent capables, la bonne grâce et la politesse conviennent à tout le monde ; mais ces qualités acquises doivent avoir un certain rapport et une certaine union avec nos propres qualités, qui les étendent et les augmentent imperceptiblement. Nous sommes quelquefois élevés à un rang et à des dignités au-dessus de nous, nous sommes souvent engagés dans une profession nouvelle où la nature ne nous avait pas destinés ; tous ces états ont chacun un air qui leur convient, mais qui ne convient pas toujours avec notre air naturel ; ce changement de notre fortune change souvent notre air et nos manières, et y ajoute l’air de la dignité, qui est toujours faux quand il est trop marqué et qu’il n’est pas joint et confondu avec l’air que la nature nous a donné : il faut les unir et les mêler ensemble et qu’ils ne paraissent jamais séparés. On ne parle pas de toutes choses sur un même ton et avec les mêmes manières ; on ne marche pas à la tête d’un régiment comme on marche en se promenant. Mais il faut qu’un même air nous fasse dire naturellement des choses différentes, et qu’il nous fasse marcher différemment, mais toujours naturellement, et comme il convient de marcher à la tête d’un régiment et à une promenade. » (p. 166-168)

IV. De la conversation

« Ce qui fait que si peu de personnes sont agréables dans la conversation, c’est que chacun songe plus à ce qu’il veut dire qu’à ce que les autres disent. Il faut écouter ceux qui parlent, si on en veut être écouté ; il faut leur laisser la liberté de se faire entendre, et même de dire des choses inutiles. Au lieu de les contredire ou de les interrompre, comme on fait souvent, on doit, au contraire, entrer dans leur esprit et dans leur goût, montrer qu’on les entend, leur parler de ce qui les touche, louer ce qu’ils disent autant qu’il mérite d’être loué, et faire voir que c’est plus par choix qu’on le loue que par complaisance. Il faut éviter de contester sur des choses indifférentes, faire rarement des questions inutiles, ne laisser jamais croire qu’on prétend avoir plus de raison que les autres, et céder aisément l’avantage de décider. On doit dire des choses naturelles, faciles et plus ou moins sérieuses, selon l’humeur et l’inclinaison des personnes que l’on entretient, ne les presser pas d’approuver ce qu’on dit, ni même d’y répondre. Quand on a satisfait de cette sorte aux devoirs de la politesse, on peut dire ses sentiments, sans prévention et sans opiniâtreté, en faisant paraître qu’on cherche à les appuyer de l’avis de ceux qui écoutent. Il faut éviter de parler longtemps de soi-même, et de se donner souvent pour exemple. On ne saurait avoir trop d’application à connaître la pente et la portée de ceux à qui on parle, pour se joindre à l’esprit de celui qui en a le plus, et pour ajouter ses pensées aux siennes, en lui faisant croire, autant qu’il est possible, que c’est de lui qu’on les prend. Il y a de l’habileté à n’épuiser pas les sujets qu’on traite, et à laisser toujours aux autres quelque chose à penser et à dire. » (p. 169-170)

VII. Des exemples

« Quelque différence qu’il y ait entre les bons et les mauvais exemples, on trouvera que les uns et les autres ont presque également produit de méchants effets. Je ne sais même si les crimes de Tibère et de Néron ne nous éloignent pas plus du vice que les exemples estimables des plus grands hommes ne nous approchent de la vertu. Combien la valeur d’Alexandre a-t-elle fait de fanfarons ! Combien la gloire de César a-t-elle autorisé d’entreprises contre la patrie ! Combien Rome et Sparte ont-elles loué de vertus farouches ! Combien Diogène a-t-il fait de philosophes importuns, Cicéron de babillards, Pomponius Atticus de gens neutres et paresseux, Marius et Sylla de vindicatifs, Lucullus de voluptueux, Alcibiade et Antoine de débauchés, Capon d’opiniâtres ! Tous ces grands originaux ont produit un nombre infini de mauvaises copies. Le vertus sont frontières des vices ; les exemples sont des guides qui nous égarent souvent, et nous sommes si remplis de fausseté que nous ne nous en servons pas moins pour nous éloigner du chemin de la vertu que pour le suivre. » (p. 174-175)

 

Portrait de la Rochefoucauld (fait par lui-même)

« Cependant il n’est rien que je ne fisse pour le soulagement d’une personne affligée, et je crois effectivement que l’on doit tout faire, jusques à lui témoigner même beaucoup de compassion de son mal, car les misérables sont si sots que cela leur fait le plus grand bien du monde ; mais je tiens aussi qu’il faut se contenter d’en témoigner, et se garder soigneusement d’en avoir. C’est une passion qui n’est bonne à rien au-dedans d’une âme bien faite, qui ne sert qu’à affaiblir le cœur et qu’on doit laisser au peuple qui, n’exécutant jamais rien par raison, a besoin de passions pour le porter à faire les choses. » (p. 224-225)

 

Maximes de Madame de Sablé

12. « Souvent les bienfaits nous font des ennemis, et l’ingrat ne l’est presque jamais à demi : car il ne se contente pas de n’avoir point la reconnoissance qu’il doit, il voudroit mesme n’avoir pas son bienfacteur pour témoin de son ingratitude. »

13. « Rien ne nous peut tant instruire du déreglement général de l’homme que la parfaite connoissance de nos déreglemens particuliers. Si nous voulons faire réflexion sur nos sentimens, nous reconnoîtrons dans nôtre ame le principe de tous les vices que nous reprochons aux autres : si ce n’est par nos actions, ce sera au moins par nos mouvemens. Car il n’y a point de malice que l’amour propre ne présente à l’esprit pour s’en servir aux occasions, et il y a peu de gens assez vertueux pour n’estre pas tentez. »

18. « On aime tellement toutes les choses nouvelles et les choses extraordinaires qu’on a même quelque plaisir secret par la veûë des plus tristes et des plus terribles évenemens, à cause de leur nouveauté et de la malignité naturelle qui est en nous. »

20. « Si l’on avoit autant de soin d’estre ce qu’on doit estre que de tromper les autres en déguisant ce que l’on est, on pourroit se montrer tel qu’on est, sans avoir la peine de se déguiser. »

40. « Souvent le desir de paroître capable empesche de le devenir, parce que l’on a plus d’envie de faire voir ce que l’on sçait que l’on n’a de désir d’apprendre ce que l’on ne sçait pas. »

51. « On s’instruit aussi bien par le défaut des autres que par leur instruction, L’exemple de l’imperfection sert quasi autant à se rendre parfait que celuy de l’habileté et de la perfection. »

52. « On aime beaucoup mieux ceux qui tendent à nous imiter que ceux qui tâchent à nous égaler. Car l’imitation est une marque d’estime, et le desir d’estre égal aux autres est une marque d’envie. »

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