Casse-pipe, suivi du Carnet du cuirassier Destouches

Louis-Ferdinand Céline

Édition de référence : Folio, 1975

 

Casse-pipe

Scène parlant d’un gradé qui bouscule un bleu, faisant rire les autres militaires : « C’est tous les voyous ravageurs, les anciens, les sanguinaires, plus ils ont de classe, plus ils sont cons, butés, criminels. » (p.113)

 

Carnet du cuirassier Destouches

« Depuis les dettes jusqu’aux vols dont je ne voulais pas m’apercevoir mêlé à tout cela une nostalgie profonde de la liberté, état peu préparatoire à vous faciliter une instruction militaire. Que de réveils horribles [angois] [que] aux sons si faussement gais du trompette de garde vous présentant à l’esprit les rancœurs et les affres de la journée d’un bleu. Ces descentes aux écuries dans la brume matinale. La [course] sarabande des galoches dans l’escalier la corvée d’écurie dans la pénombre. Quel noble métier que le métier des armes. Au fait les vrais sacrifices consistent peut-être dans la manipulation du fumier à la lumière blafarde d’un falot crasseux ?… Au cours des élèves brigadiers pris en grippe par un jeune officier plein de sang en butte aux sarcasmes d’un sous-off abruti ayant une peur innée du cheval je ne fis pas (longtemps) long feu et je commençais sérieusement à envisager la désertion qui devenait la seule échappatoire de ce calvaire Que de fois je suis remonté du pansage et tout seul sur mon lit, pris d’un immense désespoir, j’ai malgré mes dix-sept ans pleuré comme une première communiante. Alors j’ai senti que j’étais vide que mon énergie était de la gueule et qu’au fond de moi-même il n’y avait rien que je n’étais pas un homme je m’étais trop longtemps cru tel peut-être beaucoup comme moi avant l’âge peut-être beaucoup le croient encore quoique plus vieux et en de mêmes circonstances sentiraient aussi leurs cœurs partir à la dérive comme une bouteille à la mer ballotté par la vague les injures et la croyance que cela ne finira jamais alors là vraiment j’ai souffert aussi bien du mal présent que de mon infériorité virile et de la constater. J’ai senti que les grands discours que je tenais un mois plus tôt sur l’énergie juvénile n’étaient que fanfaronnade et qu’au pied du mur je n’étais qu’un malheureux transplanté ayant perdu la moitié de ses facultés et ne se servant de celles qui restent que pour constater le néant de cette énergie. C’est alors dans le fond de mon abîme que j’ai pu me livrer aux quelques études sur moi-même et sur mon âme que l’on ne peut scruter je crois à fond lorsqu’elle s’est livré combat. De même dans les catastrophes on voit des hommes du meilleur monde piétiner les femmes et s’avilir comme le dernier des vagabonds. De même j’ai vu mon âme se dévêtir soudain [?] illusion, de stoïcisme dont ma conviction l’avait recouverte pour ne plus opposer (que sa pauvre [?] en combat avec la triste réalité pour laquelle je) [?]… Qu’est-il au monde de plus triste qu’un après-midi de décembre un dimanche au quartier ? Et pourtant cette tristesse qui me plonge dans une mélancolie profonde il me coûte d’en sortir et il me semble que mon âme est amollie que je peux seulement en de telles circonstances me voir tel que je suis. Suis poétique non ! je ne le crois pas seul un fond de tristesse est au fond de moi-même et si je n’ai pas le courage de le chasser par une occupation quelconque il prend bientôt des proportions énormes au point que cette mélancolie profonde ne tarde pas à recouvrir tous mes ennuis et se fond avec eux pour me torturer en mon for intérieur. Je suis de sentiments complexes et sensitifs la moindre faute de tact ou de délicatesse me choque et me fait souffrir car au fond de moi-même je cache un fond d’orgueil qui me fait peur à moi-même je veux dominer non par un pouvoir factice comme l’ascendance militaire mais je veux que plus tard ou le plus tôt possible être un homme complet, le serais-je jamais, aurais-je la fortune nécessaire pour avoir cette facilité d’agir qui vous permet de vous éduquer. Je veux obtenir par mes propres moyens une situation de fortune qui me permette toutes mes fantaisies (Hélas) serais-je éternellement libre et seul ayant je crois le cœur trop compliqué pour trouver une compagne que je puisse aimer longtemps. Je ne le sais pas. Mais ce que je veux avant tout c’est vivre une vie remplie d’incidents que j’espère la providence voudra placer sur ma route et ne pas finir comme beaucoup ayant placé un seul pôle de continuité amorphe sur une terre et damage vie dont ils ne connaissent pas les détours qui vous permette de se faire une éducation morale si je traverse de grandes crises que la vie me réserve peut-être je serais moins malheureux qu’un autre car je veux connaitre et savoir en un mot je suis orgueilleux est-ce un défaut je ne le crois pas et il me créera des déboires ou peut-être la Réussite. » (p. 121-124)

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