Fusées ; Mon cœur mis à nu ; Et autres fragments posthumes

Charles Baudelaire | André Guyaux

Edition de référence : Folio classique, 2016

 

Note 1 : à fin de faciliter la lecture, le numéro des pages afférant à chaque citation ne sera exceptionnellement pas notifié – la numérotation desdites citations (ou de la série) permettant facilement, pour toute personne souhaitant consulter l’édition, de les retrouver.

Note 2 : certains ajouts et éclairages admirables d’André Guyaux ont été intégrés par endroits. Parfois sous formes de mises en crochets (facilitant la lecture), parfois sous forme d’ajouts de citations.

 

Préface (André Guyaux)

 

Le progrès

« La formulation varie à plaisir, mais la pensée ne varie guère : fondée sur la paresse et sur la fatuité de l’homme moderne « l’idée du progrès » est une « invention du philosophisme actuel » ; elle implique la démission de l’individu devant sa liberté : elle « décharge chacun de son devoir, délivre toute âme de sa responsabilité », dit l’article de mai 1855 sur l’Exposition universelle. […] La réaction anti progressiste de Baudelaire n’est pas isolée. A ce moment du XIXème siècle, toute une partie de l’intelligentsia bascule dans le positivisme progressiste ; « la religion du progrès » s’installe dans l’opinion publique, dans la presse » (p.19-20) | Penser à ses prophètes comme Victor Hugo.

« La relation entre l’art et « l’idée de progrès » peut s’envisager d’un double point de vue. Les conquêtes de la science et de la technique peuvent offrir à l’art, à la poésie par exemple, un motif d’inspiration, auquel sacrifie Maxime du Camp [qui fit des poèmes sur des innovations technologiques du siècle]. Mais l’art lui-même, et la littérature, peuvent être compris à l’intérieur même d’une vision progressiste […]. Gautier s’était exprimé sur le sujet […] dans un article intitulé « Du beau dans l’art » […] : « En art, il n’est pas de progrès : si le bateau à vapeur est supérieur à la trirème grecque, Homère n’a pas été dépassé, Phidias vaut Michel-Ange, auquel notre âge n’a rien à opposer ». » (p.21-22)

« Ce qui distingue [Baudelaire] de ses confrères et l’éloigne du point de vue de quelques-uns de ses amis, c’est qu’à « l’idée de progrès » il oppose l’idée du pêché : « L’homme civilisé invente la philosophie du progrès pour se consoler de son abdication et de sa déchéance. » En faisant l’économie de la faute l’homme fait celle du châtiment. Il ne se croit jamais aussi libre que quand il perd sa liberté : « la liberté s’évanouit, le châtiment disparait ». » (p.23)

Gautier : « Baudelaire avait en parfaite horreur les philanthropes, les progressistes, les utilitaires, les humanitaires, les utopistes et tous ceux qui prétendent changer quelque chose à l’invariable nature et à l’agencement fatal des sociétés. Il ne rêvait ni la suppression de l’enfer ni celle de la guillotine pour la plus grande commodité des pêcheurs et des assassins ; il ne pensait pas que l’homme fût né bon [pour Baudelaire, à l’inverse de Rousseau, « l’innocence n’existe pas »], et il admettait la perversité originelle comme un élément qu’on retrouve toujours au fond des âmes les plus pures, perversité, mauvaise conseillère qui pousse l’homme à faire ce qui lui est funeste, précisément parce que cela lui est funeste et pour le plaisir de contrarier la loi, sans autre attrait que la désobéissance, en dehors de toute sensualité, de tout profit et de tout charme. Cette perversité, il la constatait et il la flagellait chez les autres comme chez lui-même, ainsi qu’un esclave pris en faute, mais en s’abstenant de tout sermon, car il la regardait comme damnablement irrémédiable. » (T. Gauthier, préface aux Œuvre Complètes de Baudelaire, Michel Lévy, t. I, 1868)

« « Il ne peut y avoir de progrès (vrai, c’est-à-dire moral) que dans l’individu et par l’individu lui-même. » (f.15) tandis que Hugo identifiait le progrès à « la vie permanente des peuples » et donnait l’avantage au « point de vue du genre humain » sur « le point de vue de l’individu » [voir Les Misérables]. » (p.26)

 

Pêché originel

« Le pêché est la réalité du monde, celle du « spectacle ennuyeux » qu’offre partout la déchéance de l’homme. » (p.28) | A rapprocher de :

« La théologie –

Qu’est-ce que la Chute ?

Si c’est l’unité devenu dualité,

c’est Dieu qui a chuté.

En d’autres termes, la création

ne serait elle la chute de Dieu ? » (f.58)

« Lorsque dans un autre fragment Baudelaire fait l’éloge de « l’homme de génie » (Mon cœur mis à nu, f.64), il le définit comme celui qui « veut être un ». Or Dieu n’a pas su rester « un ». Il a dérogé à son génie, par le fait même de l’exercer en créant. Il n’a pas résisté à l’ »horreur de la solitude » (ibid). Comme Dieu avait fait l’homme a son image, Baudelaire fait Dieu à son image. Il ne peut le concevoir autrement que comme un artiste, qui crée et qui, en créant, se divise, se multiplie. Emportant Dieu dans la chute de l’homme, il fait la proposition la plus hérétique qui soit. Et si l’on y joint l’autre concept auquel il fait appel pour définir Dieu, la prostitution – Dieu est « l’être le plus prostitué […] puisqu’il est le réservoir commun inépuisable de l’amour », le blasphème s’ajoute à l’hérésie. Le catholicisme de Baudelaire, qui se superpose à sa morale du péché, l’entraîne loin, jusqu’à ce duel des concepteurs qui l’oppose à Dieu. » (p.29)

« Le mal est toujours là… même sous l’apparence passive de « l’ennui ». L’histoire du paradis perdu est celle de tous les châtiments, le châtiment du moine qui blasphème et devient fou, dans Les Fleurs du mal, le châtiment du drogué des Paradis artificiels, qui croit à son ivresse comme à l’Éden et retrouve ensuite la réalité du monde déchu, le châtiment du poète, qui se réveille après son rêve d’irréalité, dans La Chambre double. La chute est celle de l’albatros et du cygne, retombés sur terre. Dans un fragment de Fusées définissant la beauté, elle est celle de l’ange déchu, dont la beauté est synonyme de tristesse. Elle se recrée dans tous les grands thèmes baudelairiens comme l’ivresse ou Ie Spleen. Elle est aussi dans « la sensation du gouffre », qui se décline à l’infini, « non seulement du gouffre du sommeil mais du gouffre de l’action, du rêve, du souvenir, du désir, du regret, du remords, du beau, du nombre, etc. » (Fusées, projet, f.86) » (p.30-31)

 

Autres concepts

« Sade voyait la volupté dans le crime, et il y créait son érotisme, alors que Baudelaire voit le mal dans la volupté, dans le plaisir, dans l’amour même, comme il voit le mal partout. Si la volupté a un rôle particulier, c’est celui de dégager « la certitude de faire le mal », d’être le révélateur d’un mal inné. » (p.35-36) | Idée bien illustrée dans Les liaisons dangereuses…

Baudelaire dit de Joseph de Maistre qu’il lui a appris à raisonner – notamment – sur l’idée de réversibilité : « traiter l’antithèse en rendant ses deux termes non pas compatibles mais réversibles. Son intérêt pour la peine de mort se fortifie dans ce raisonnement. Joseph de Maistre expliquait le sacrifice par la réversibilité : la créature sacrifiée concentre en elle les pêchés commis par les coupables. Baudelaire en tire une justification de la peine de mort, qu’il comprend dans l’ordre divin, et non dans l’ordre humain. Il en imagine une forme idéale, impliquant l’ »assentiment » du condamné (Mon cœur mis à nu, f.2) : en acceptant de mourir, le coupable monte sur l’autel du sacrifice et accomplit à lui seul la réversibilité : il devient la « victime ». D’où l’ironie de Baudelaire contre les abolitionnistes qui, en refusant la peine de mort, se désignent non seulement comme coupables, mais aussi comme de mauvais coupables, incapables d’envisager leur salut. Son idée de la révolution procède du même raisonnement. Selon Joseph de Maistre, le révolutionnaire, en se croyant le maitre du monde, est plus que jamais le jouet de la providence. Au moment où il croit conquérir la liberté, il n’est que l’instrument de la fatalité. Baudelaire reformule cette idée lorsqu’il identifie liberté et fatalité, deux termes équivalents, ou réversibles (Mon cœur mis à nu, f.84). La conception qu’il développe, dans les notes sur Laclos, de la révolution de 1789 retrouve la logique du système maistrien : les libertins, bourreaux de l’innocence, deviennent à leurs tour victimes des révolutionnaires, qui sont allés à leur école. » (p.39-40)

 

 

Fusées

« L’amour, c’est le goût de la prostitution. Il n’est même pas de plaisir noble qui ne puisse être ramené à la Prostitution. » | A rapprocher du poème Les foules, dans le spleen de Paris : « Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l’âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l’imprévu qui se montre, à l’inconnu qui passe. » ; et de Mon cœur mis à nu (f.45) :

« Qu’est-ce que l’amour ?

Le besoin de sortir de soi [pour s’oublier dans autrui].

L’homme est un animal adorateur.

Adorer, c’est se sacrifier et se prostituer.

Aussi tout amour est-il prostitution. »

 

3.

« Quand même les deux amants seraient très épris et très plein de désirs réciproques, l’un des deux sera toujours plus calme ou moins possédé que l’autre. Celui-là, ou celle-là, c’est l’opéreur, ou le bourreau ; l’autre, c’est le sujet, la victime. »

 

4.

« La pensée de Campbell (the Conduct of Life.)

Concentration [il faut être immuablement concentré].

Puissance de l’idée fixe [synonyme de génie, de spiritualité ; par opposition à la vie qui fourmille d’évènements et d’aventure].

– La franchise absolue, moyen d’originalité.

– Raconter pompeusement des choses comiques . »

 

6.

« Nous aimons les femmes à proportion qu’elles nous sont étrangères. Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste. Ainsi la bestialité exclu la pédérastie. »

« L’esprit de bouffonnerie peut ne pas exclure la charité, mais c’est rare. »

« L’enthousiasme qui s’applique à autre chose que les abstractions est un signe de faiblesse et de maladie. »

 

8.

« Les méprises relatives aux personnes sont le résultat de l’éclipse de l’image réelle par l’hallucination qui en tire sa naissance. »

« Connais donc les jouissances d’une vie âpre ; et prie, prie sans cesse. La prière est réservoir de force. (Autel de la volonté. Dynamique morale. La sorcellerie des sacrements. Hygiène de l’âme.) »

« La vie n’a qu’un charme vrai ; c’est le charme du Jeu. Mais s’il nous est indifférent de gagner ou de perdre ? » | Pour de Maistre, le jeu est une école de vie qui force les hommes à se regarder, entretient la mémoire et la présence d’esprit ; et initie à la connaissance intuitive des nombres » (Note d’André Guyaux)

 

10.

« Il y a des peaux carapaces avec lesquelles le mépris n’est plus une vengeance. »

« Beaucoup d’amis, beaucoup de gants. Ceux qui m’ont aimé était des gens méprisés, je dirais même méprisable, si je tenais à flatter les honnêtes gens. »

 

12.

« Y a-t-il des folies mathématiques et des fous qui pensent que deux et deux fassent trois ? En d’autres termes, l’hallucination peut-elle, si ces mots ne hurlent pas [d’être accouplés ensemble], envahir les choses de pur raisonnement ? Si, quand un homme prend l’habitude de la paresse, de la rêverie, de la fainéantise, au point de renvoyer sans cesse au lendemain la chose importante, un autre homme le réveillait un matin à grands coups de fouet et le fouettait sans pitié jusqu’à ce que, ne pouvant travailler par plaisir, celui-ci travaillât par peur, cet homme, le fouetteur, ne serait-il pas vraiment son ami, son bienfaiteur ? D’ailleurs, on peut affirmer que le plaisir viendrait après, à bien plus juste titre qu’on ne dit : l’amour vient après le mariage. De même, en politique, le vrai saint est celui qui fouette et tue le peuple, pour le bien du peuple. »

« Ce qui n’est pas légèrement difforme a l’air insensible ; d’où il suit que l’irrégularité, c’est-à-dire l’inattendu, la surprise, l’étonnement sont une partie essentielle et la caractéristique de la beauté. » | Pour Baudelaire, le beau est toujours « bizarre » ou « étonnant ». (Note d’André Guyaux)

 

17.

« Deux qualités littéraires fondamentales : surnaturalisme et ironie. » | « Le mot surnaturaliste apparait sous la plume de Baudelaire en 1848, dans la présentation de Révélation magnétique de Poe, dans un contexte opposant les romanciers philosophes, comme Diderot, Laclos, Hoffman, Goethe, Jean Paul, Maturin, Balzac et Poe, qui ont « la préoccupation d’un perpétuel surnaturalisme », et les « naturalistes enragés », qui « examinent l’âme à la loupe, comme des médecins le corps ». Les premiers ne sont pas de « simples imaginatifs » qui « entassent et alignent les évènements sans les classer et sans en expliquer le sens mystérieux » ; ils visent au contraire « à l’étonnant » et sont atteint de « cet esprit primitif de chercherie […], qui peut être a ses racines dans les plus lointaines impressions de l’enfance ». » (Note d’André Guyaux)

« L’inspiration vient toujours quand l’homme le veut, mais elle ne s’en va pas ne s’en va pas toujours quand il le veut ». | « L’inspiration « c’est travailler tous les jours » aurait « sèchement » répondu Baudelaire, jeune encore, à un poète amateur qui le questionnait sur le sujet. » (Note d’André Guyaux)

« Le travail, force progressive et accumulative, portant intérêt comme le capital, dans les facultés comme dans les résultats. »

 

18.

« Il n’y a que deux endroits où l’on paye pour avoir le droit de dépenser, les latrines publiques et les femmes »

« Les pays protestants manquent de deux éléments indispensables au bonheur d’un homme bien élevé, la galanterie et la dévotion » | C’est à l’influence du protestantisme – « Je ne sais quelle lourde nuée, venue de Genève, de Boston ou de l’enfer » – que Baudelaire impute « la fameuse doctrine de l’indissolubilité du Beau, du Vrai et du Bien ». (Note d’André Guyaux)

« Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût c’est le plaisir aristocratique de déplaire » | C’est ce « plaisir » que Baudelaire poussera au paroxysme à Bruxelles, prenant une « jouissance particulière à blesser ». (Note d’André Guyaux)

 

21.

« Quoi de plus absurde que le Progrès, puisque l’homme, comme cela est prouvé par le fait journalier, est toujours semblable et égal à l’homme, c’est-à-dire toujours à l’état sauvage ! Qu’est-ce que les périls de la forêt et de la prairie auprès des chocs et des conflits quotidiens de la civilisation ? Que l’homme enlace sa dupe sur le boulevard, ou perce sa proie dans des forêts inconnues, n’est-il pas l’homme éternel, c’est-à-dire l’animal de proie le plus parfait ? »

 

22.

« Peuples civilisés, qui parlez toujours sottement de Sauvages et de Barbares, bientôt, comme dit d’Aurevilly, vous ne vaudrez même plus assez pour être idolâtres. » | A rapprocher de la réaction de Baudelaire sur Robert Houdin qui avait été envoyé en Algérie par le gouvernement français pour combattre l’influence des sorciers : « « il appartenait à une société incrédule d’envoyer Robert Houdin chez les arabes pour les détourner des miracles (f.10) ; « […] détruire chez les arabes de l’Algérie la superstition et la croyance aux miracles. C’est digne d’un gouvernement moderne […]. (La Belgique déshabillée f.201) » » (Notes d’André Guyaux)

« Stoïcisme, religion qui n’a qu’un sacrement, – le suicide. »

Sur Victor Hugo : « cet homme est si peu élégiaque, si peu éthéré, qu’il ferait horreur même à un notaire » | Le matérialisme de Victor Hugo a frappé plusieurs témoins, même parmi ses amis. « Nous causons art, mais comme il voit les choses matériellement ! / Avec un pareil génie quelle bizarrerie ! Quel fabricant ! Comme il calcule sa production ! (Antoine Fontaney, Journal intime, 1er septembre 1831 ; ed. René Jasinski, Les presses françaises, 1925, p. 23) » (Note d’André Guyaux)

« Le monde va finir. La seule raison, pour laquelle il pourrait durer, c’est qu’il existe. Que cette raison est faible, comparée à toutes celles qui annoncent le contraire, particulièrement à celle-ci : Qu’est-ce que le monde a désormais à faire sous le ciel ? Car, en supposant qu’il continuât à exister matériellement, serait-ce une existence digne de ce nom et du Dictionnaire historique ? Je ne dis pas que le monde sera réduit aux expédients et au désordre bouffon des républiques du Sud-Amérique, que peut-être même nous retournerons à l’état sauvage, et que nous irons, à travers les ruines herbues de notre civilisation, chercher notre pâture, un fusil à la main. Non ; car ces aventures supposeraient encore une certaine énergie vitale, écho des premiers âges. Nouvel exemple et nouvelles victimes des inexorables lois morales, nous périrons par où nous avons cru vivre. La mécanique nous aura tellement américanisés [« Demandez à tout bon français qui lit tous les jours son journal ce qu’il entend par progrès, il répondra que c’est la vapeur, l’électricité et l’éclairage au gaz […]. Le pauvre homme est tellement américanisé […] qu’il a perdu la notion des différences qui caractérisent les phénomènes du monde physique et du monde moral, du naturel et du surnaturel. » (Note d’André Guyaux)], le progrès aura si bien atrophié en nous toute la partie spirituelle, que rien, parmi les rêveries sanguinaires, sacrilèges ou anti-naturelles des utopistes, ne pourra être comparé à ses résultats positifs. Je demande à tout homme qui pense de me montrer ce qui subsiste de la vie. De la religion, je crois inutile d’en parler et d’en chercher les restes, puisque se donner la peine de nier Dieu est le seul scandale, en pareilles matières. La propriété avait disparu virtuellement avec la suppression du droit d’aînesse ; mais le temps viendra où l’humanité, comme un ogre vengeur, arrachera leur dernier morceau à ceux qui croient avoir hérité légitimement des révolutions. Encore, là ne serait pas le mal suprême. L’imagination humaine peut concevoir, sans trop de peine, des républiques ou autres États communautaires, dignes de quelque gloire, s’ils sont dirigés par des hommes sacrés, par de certains aristocrates. Mais ce n’est pas particulièrement par des institutions politiques que se manifestera la ruine universelle, ou le progrès universel ; car peu m’importe le nom. Ce sera par l’avilissement des cœurs. Ai-je besoin de dire que le peu qui restera de politique se débattra péniblement dans les étreintes de l’animalité générale, et que les gouvernants seront forcés, pour se maintenir et pour créer un fantôme d’ordre, de recourir â des moyens qui feraient frissonner notre humanité actuelle, pourtant si endurcie ? — Alors, le fils fuira la famille, non pas à dix-huit ans, mais à douze, émancipé par sa précocité gloutonne ; il la fuira, non pas pour chercher des aventures héroïques, non pas pour délivrer une beauté prisonnière dans une tour, non pas pour immortaliser un galetas par de sublimes pensées, mais pour fonder un commerce, pour s’enrichir, et pour faire concurrence à son infâme papa, fondateur et actionnaire d’un journal qui répandra les lumières et qui ferait considérer le Siècle d’alors comme un suppôt de la superstition. — Alors, les errantes, les déclassées, celles qui ont eu quelques amants et qu’on appelle parfois des Anges, en raison et en remerciement de l’étourderie qui brille, lumière de hasard, dans leur existence logique comme le mal, — alors celles-là, dis-je, ne seront plus qu’impitoyable sagesse, sagesse qui condamnera tout, fors l’argent, tout, même les erreurs des sens ! Alors, ce qui ressemblera à la vertu, que dis-je, tout ce qui ne sera pas l’ardeur vers Plutus sera réputé un immense ridicule. La justice, si, à cette époque fortunée, il peut encore exister une justice, fera interdire les citoyens qui ne sauront pas faire fortune. Ton épouse, ô Bourgeois ! ta chaste moitié, dont la légitimité fait pour toi la poésie, introduisant désormais dans la légalité une infamie irréprochable, gardienne vigilante et amoureuse de ton coffre-fort, ne sera plus que l’idéal parfait de la femme entretenue. Ta fille, avec une nubilité enfantine, rêvera, dans son berceau, qu’elle se vend un million, et toi-même, ô Bourgeois, moins poète encore que tu n’es aujourd’hui, tu n’y trouveras rien à redire ; tu ne regretteras rien. Car il y a des choses, dans l’homme, qui se fortifient et prospèrent à mesure que d’autres se délicatisent et s’amoindrissent ; et, grâce au progrès de ces temps, il ne te restera de tes entrailles que des viscères ! — Ces temps sont peut-être bien proches ; qui sait même s’ils ne sont pas venus, et si l’épaississement de notre nature n’est pas le seul obstacle qui nous empêche d’apprécier le milieu dans lequel nous respirons ? Quant à moi, qui sens quelquefois en moi le ridicule d’un prophète, je sais que je n’y trouverai jamais la charité d’un médecin. Perdu dans ce vilain monde, coudoyé par les foules, je suis comme un homme lassé dont l’œil ne voit en arrière, dans les années profondes, que désabusement et amertume, et, devant lui, qu’un orage où rien de neuf n’est contenu, ni enseignement ni douleur. Le soir où cet homme a volé à la destinée quelques heures de plaisir, bercé dans sa digestion, oublieux — autant que possible — du passé, content du présent et résigné à l’avenir, enivré de son sang-froid et de son dandysme, fier de n’être pas aussi bas que ceux qui passent, il se dit, en contemplant la fumée de son cigare : « Que m’importe où vont ces consciences ? »

Je crois que j’ai dérivé dans ce que les gens du métier appellent un hors-d’œuvre. Cependant, je laisserai ces pages, — parce que je veux dater ma colère. »

 

Mon cœur mis à nu

5.

« La femme est le contraire du Dandy.

Donc elle doit faire horreur.

La femme a faim et elle veut manger.

Soif, et elle veut boire.

Elle est en rut et elle veut être foutue.

Le beau mérite !

La femme est naturelle, c’est-à-dire abominable.

Aussi est-elle toujours vulgaire, c’est-à-dire le contraire du Dandy. »

« Le Dandy doit aspirer à être sublime sans interruption ; il doit vivre et dormir devant un miroir. » | Caractéristiques du dandysme : cacher presque tout ce que je pense ; l’insensibilité vengeresse, la froideur ; le plaisir aristocratique de déplaire ; le pessimisme prophétique ; s’amuse tout seul ; méprise le peuple ; veut rester un (stérilité absolue) ; la connaissance de la faute originelle et le refus absolue de toute rédemption sauf celle qui vient de soi ; « « La pensée est incommunicable, même entre gens qui s’aiment », conclut l’amant dans Les Yeux des pauvres, dans Le Spleen de Paris. Le dandy est aussi celui qui comprend l’incommunicabilité, et l’homme supérieur « celui qui ne s’accordera jamais avec personne. » ». (Notes d’André Guyaux)

 

6.

« La superstition est le réservoir de toutes les vérités ».

 

18.

« Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser. »

 

21.

« Quant à la torture, elle est née de la partie infâme du cœur de l’homme, assoiffé de voluptés. Cruauté et volupté, sensations identiques, comme l’extrême chaud et l’extrême froid. »

 

22.

« Il n’existe que trois êtres respectables : Le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer. Les autres hommes sont taillables et corvéables, faits pour l’écurie, c’est-à-dire pour exercer ce qu’on appelle des professions. »

 

« Dans Les Oreilles du compte de Chesterfield, Voltaire plaisante sur cette âme immortelle qui a résidé pendant neuf mois entre des excréments et des urines. Voltaire, comme tous les paresseux, haïssait le mystère » | « Au moins aurait il pu deviner dans cette localisation une malice ou une satire de la providence contre l’amour, et dans le mode de la génération un signe du péché originel. De fait, nous ne pouvons faire l’amour qu’avec des organes excrémentiels. » (Note de Baudelaire)

 

30.

« Ne pouvant pas supprimer l’amour, l’Eglise a voulu, au moins, le désinfecter, et elle a fait le mariage »

 

33.

« Dandysme.

Qu’est-ce que l’homme supérieur ?

Ce n’est pas le spécialiste.

C’est l’homme de Loisir et d’Education générale –

            Être riche et aimer le travail. » | L’homme de loisir et d’éducation générale de Baudelaire est un avatar de l’honnête homme de la morale classique, qui s’adapte aux « besoins » de celui qu’il rencontre et qui sait « quelque chose de tout plutôt que « tout d’une chose » (Pascal) (Note d’André Guyaux)

 

44.

Les dictateurs ne prennent pas le pouvoir sans l’assentiment du peuple : « ils sont les domestiques du peuple, rien de plus, – un foutu rôle d’ailleurs, – et la gloire est le résultat de l’adaptation d’un esprit avec la sottise nationale ».

 

47.

« Défions-nous du peuple, du bon sens, du cœur, de l’inspiration et de l’évidence. » | « C’est le diable qui lui a persuadé de se fier à son bon cœur et à son bon sens », disait-on au f. 27, à propos de Georges Sand. Le bon sens, c’est aussi bien Casimir Delavigne, Ponsard, les rationalistes ou le notaire Ancellle, à qui Baudelaire écrit le 18 février 1866 : « A propos du sentiment, du cœur, et autres saloperies féminines, souvenez-vous du mot profond de Leconte de Lisle : « Tous les élégiaques sont des canailles ». » (Note d’André Guyaux)

 

49.

« La femme ne sait pas séparer l’âme du corps. Elle est simpliste, comme les animaux. – Un satirique dirait que c’est parce qu’elle n’a que le corps. » | A rapprocher de « elles confondent leur cœur avec leur cul » (Balzac) ? | Baudelaire attribue à Delacroix l’idée que la femme ne peut connaitre la mélancolie parce qu’il lui manque « certaine chose essentielle » ; dissymétrie œdipienne ?

 

« […] la mer offre à la fois l’idée de l’immensité et du mouvement. Six ou sept lieues représentent pour l’homme le rayon de l’infini. Voilà un infini diminutif. Qu’importe s’il suffit à suggérer l’idée de l’infini total ? Douze ou quatorze lieus (sur le diamètre), douze ou quatorze lieus de liquide en mouvement suffisent pour donner la plus haute idée de beauté qui soit offerte à l’homme sur son habitacle transitoire. » | « L’infini parait plus profond quand il est plus resserré » et « avez-vous remarqué d’un morceau de ciel, aperçu par un soupirail, ou entre deux cheminées, deux rochers, ou par une arcade, etc., donnait une idée plus profonde de l’infini que le plus grand panorama vu du haut d’une montagne ? » Les deux termes de la « dualité du beau », l’éternel et le transitoire, sont requis dans ce moment de contemplation. (Note d’André Guyaux)

 

58.

« Théorie de la vraie civilisation.

Elle n’est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces de pêché originel. » | « Ce qu’il entend par pêché originel : le mal, dans son acception théologique, est tel qu’il se vérifie dans l’histoire du monde et qu’on peut en suivre, comme d’un animal sauvage, les « traces ». Si donc la nature est rejetée par Baudelaire, c’est qu’elle participe du péché originel, et ce qui distingue l’artiste est qu’il en possède une conscience supérieure. Car si le péché est le mal, le nier est une surenchère sur le mal : « Le mal se connaissant était moins affreux et plus près de la guérison que le mal s’ignorant », lit-on dans les Notes sur « Les Liaisons dangereuses » (p. 157). Mais ce fragment de Mon cœur mis à nu est unique dans le sens où il envisage que le péché échappe à sa permanence, à sa fatalité, ce qui a fait dire à Jouve que Baudelaire « déplace le progrès vers le salut » (Tombeau de Baudelaire, p. 128) : dans sa négation du faux progrès, il ouvre la perspective d’une « vraie civilisation », et laisse entrevoir une possible amélioration de la condition humaine. Dans son introduction à l’édition anglaise des Journaux intimes (1930, p. 24-25 ; éd. franc. des Essais choisis, p.338), T. S. Eliot observe que le mot diminution, que Baudelaire n’a pas choisi par hasard non plus, est un de ces termes vagues (« not quite clear ») qui n’en sont pas moins impliqués dans une pensée dont la direction s’impose au sens. » (Note d’André Guyaux)

 

63.

« Il y a une égale injustice à attribuer aux princes régnants les mérites et les vices du peuple actuel qu’ils gouvernent. Ces mérites et ces vices sont presque toujours, comme la statistique et la logique le pourraient démontrer, attribuables à l’atmosphère du gouvernement précédent. Louis XIV hérite des hommes de Louis XIII, gloire. Napoléon Ier hérite des hommes de la République, gloire. Louis-Philippe hérite des hommes de Charles X, gloire. Napoléon III hérite des hommes de Louis-Philippe, déshonneur. C’est toujours le gouvernement précédent qui est responsable des mœurs du suivant, en tant qu’un gouvernement puisse être responsable de quoi que ce soit. Les coupures brusques que les circonstances font dans les règnes ne permettent pas que cette loi soit absolument exacte, relativement au temps. On ne peut pas marquer exactement où finit une influence, mais cette influence subsistera dans toute la génération qui l’a subie dans sa jeunesse. »

 

68.

« De la nécessité de battre les femmes.

On peut châtier ce que l’on aime. Ainsi les enfants. Mais cela implique la douleur de mépriser ce que l’on aime. »

« Du cocuage et des cocus.

La douleur du Cocu.

            Elle nait de son orgueil, d’un raisonnement faux sur l’honneur et sur le bonheur, et d’un amour niaisement détourné de Dieu pour être attribué aux créatures.

C’est toujours l’animal adorateur se trompant d’idole. »

 

70.

« Plus l’homme cultive les arts, moins il bande.

Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l’esprit et la brute.

La brute seule bande bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple.

Foutre, c’est aspirer à entrer dans un autre, et l’artiste ne sort jamais de lui-même.

J’ai oublié le nom de cette salope… Ah ! bah ! je le retrouverai au jugement dernier. »

 

76.

« Le monde ne marche que par le Malentendu.

– C’est par le malentendu universel que tout le monde s’accorde.

– Car si, par malheur, on se comprenait, on ne pourrait jamais s’accorder. »

 

83.

« Tous les imbéciles de la Bourgeoisie qui prononcent sans cesse les mots : « immoral, immoralité, moralité dans l’art » et autres bêtises me font penser à Louise Villedieu, putain à cinq francs, qui, m’accompagnant une fois au Louvre, où elle n’était jamais allée, se mit à rougir, à se couvrir le visage, et, me tirant à chaque instant par la manche, me demandait devant les statues et les tableaux immortels comment on pouvait étaler publiquement de pareilles indécences. »

 

84.

« Liberté et fatalité sont deux contraires ; vues de près et de loin, c’est une seule volonté » et cette volonté est à l’image s’une circonférence « mouvante, vivante, tournoyante », dont le cercle et le centre changent sans cesse et où sont « cloitrées » les « volontés humaines » ; le « jeu » à l’intérieur de cette circonférence « est ce qui constitue la liberté ». (Note d’André Guyaux)

Idée fréquente chez Baudelaire : selon De Maistre, c’est aux moments où l’homme se croit le plus libre, dans l’ivresse révolutionnaire en particulier, qu’il l’est le moins : « La révolution française mène les hommes plus que les hommes ne la mènent ». (Note d’André Guyaux) | Penser au passage de Voyage au bout de la nuit, lorsqu’il est expliqué que la Révolution fournit le premier soldat gratuit de l’histoire de France, allant gentiment sacrifier sa vie, de lui-même, pour la liberté, parce que la liberté…

 

Hygiène. Conduite. Méthode. Morale.

86.

« Plus on veut, mieux on veut.

Plus on travaille, mieux on travaille, et plus on veut travailler.

Plus on produit, plus on devient fécond. »

 

87.

« Que de pressentiments et de signes envoyés déjà par Dieu, qu’il est grandement temps, d’agir, de considérer la minute présente comme la plus importante des minutes, et de faire ma perpétuelle volupté de mon tourment ordinaire, c’est-à-dire du Travail ! »

 

88.

« A chaque minute nous sommes écrasés par l’idée et la sensation du temps. Et il n’y a que deux moyens pour échapper à ce cauchemar, – pour l’oublier : le Plaisir et le Travail. Le Plaisir nous use. Le Travail nous fortifie. Choisissons.

Plus nous nous servons d’un de ces moyens, plus l’autre nous inspire de répugnance.

On ne peut oublier le temps qu’en s’en servant.

Tout ne se fait que peu à peu. »

« De Maistre et Edgar Poe m’ont appris à raisonner. » | L’œuvre de Maistre est une leçon de dialectique paradoxaliste, celle de Poe, une leçon de concentration et de déduction. (Note d’André Guyaux)

 

89.

« Pour guérir de tout, de la misère, de la Maladie et de la Mélancolie, il ne manque absolument que le Goût du Travail. »

 

Notes précieuses

90.

« Fais tous les jours ce que veulent le devoir et la prudence.

            Si tu travaillais tous les jours, la vie te serait plus supportable.

            Travaille six jours dans relâche. »

 

92.

« L’homme qui fait sa prière le soir est un capitaine qui pose des sentinelles. Il peut dormir. »

« Le travail engendre forcément les bonnes mœurs, sobriété et chasteté, conséquemment la santé, la richesse, le génie successif et progressif, et la charité. » age quod agis.

 

93.

« Faire tous les matins ma prière à Dieu, réservoir de toute force et de toute justice, à mon père, à Mariette et à Poe, comme intercesseurs ; les prier de me communiquer la force nécessaire pour accomplir tous mes devoirs, et d’octroyer à ma mère une vie assez longue pour jouir de ma transformation ; travailler toute la journée, ou du moins tant que mes forces me le permettront ; me fier à Dieu, c’est-à-dire à la Justice même, pour la réussite de mes projets ; faire tous les soirs une nouvelle prière, pour demander à Dieu la vie et la force pour ma mère et pour moi ; faire de tout ce que je gagnerai quatre parts, – une pour la vie courante, une pour mes créanciers, une pour mes amis, et une pour ma mère ; – obéir aux principes de la plus stricte sobriété, dont le premier est la suppression de tous les excitants, quels qu’ils soient. »

 

95.

« Le malheur qui se perpétue produit sur l’âme l’effet de la vieillesse sur le corps. On ne peut plus remuer ; on se couche… D’un autre côté, on tire de l’extrême jeunesse des raisons d’atermoiement ; quand on a beaucoup de temps à dépenser, on se persuade qu’on peut attendre ; on a des années à jouer devant les évènements. Chateaubriand » (cité directement)

 

96.

Extraits de The Conduct of Life, d’Emerson :

[…]

“Fate is nothing but the deeds committed in a prior state of existence”

[…]

“The one prudence in life is concentration; the one evil is dissipation”

[…]

“More are made good by exercitation than by nature”, said Democritus.

[…]

“If you would be powerful, pretend to be powerful”

 

97.

« Pecunia aleter sanguis [(l’argent est un autre sang)] » (cité directement de The Conduct of Life, chap.3)

 

Pensées et aphorismes

7.

« Apprendre c’est se contredire – il y a un degré de conséquence qui n’est qu’à la portée du mensonge (Custine) » (cité directement)

 

Notes sur les liaisons dangereuses

3.

« Est-ce que la morale s’est relevée ; non, c’est que l’énergie du mal a baissé – Et la niaiserie a pris la place de l’esprit. La fouterie et la gloire de la fouterie étaient-elles plus immorales que cette manière moderne d’adorer et de mêler le saint au profane ? On se donnait alors beaucoup de mal pour ce qu’on avouait être une bagatelle, et on ne se damnait pas plus qu’aujourd’hui. Mais on se damnait moins bêtement, on ne pipait pas. »

« C’était toujours le mensonge, mais on n’adorait pas son semblable. On le trompait, mais on se trompais moins soi-même. »

 

7.

« Ici, comme dans la vie, la palme de la perversité reste à la femme.

[…]

Car Valmont est surtout un vaniteux. Il est d’ailleurs généreux, toutes les fois qu’il ne s’agit pas de femmes et de sa gloire. »

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