Soumission

Michel Houellebecq

Édition de référence : Flammarion, 2015.

 

« Mais seule la littérature peut vous donner cette sensation de contact avec un autre esprit humain, avec l’intégralité de cet esprit, ses faiblesses et ses grandeurs, ses limitations, ses petitesses, ses idées fixes, ses croyances ; avec tout ce qui l’émeut, l’intéresse, l’excite ou lui répugne. Seule la littérature peut vous permettre d’entrer en contact avec l’esprit d’un mort, de manière plus directe, plus complète et plus profonde que ne le ferait même la conversation avec un ami aussi profonde, aussi durable que soit une amitié, jamais on ne se livre, dans une conversation, aussi complètement qu’on ne le fait devant une feuille vide, s’adressant à un destinataire inconnu. Alors bien entendu, lorsqu’il est question de littérature, la beauté du style, la musicalité des phrases ont leur importance ; la profondeur de la réflexion de l’auteur, l’originalité de ses pensées ne sont pas à dédaigner ; mais un auteur c’est avant tout un être humain, présent dans ses livres, qu’il écrive très bien ou très mal en définitive importe peu, l’essentiel est qu’il écrive et qu’il soit, effectivement, présent dans ses livres (il est étrange qu’une condition si simple, en apparence si peu discriminante, le soit en réalité tellement, et que ce fait évident, aisément observable, ait été si peu exploité par les philosophes de diverses obédiences : parce que les êtres humains possèdent en principe, à défaut de qualité, une même quantité d’être, ils sont tous en principe à peu près également présents ; ce n’est pourtant pas l’impression qu’ils donnent, à quelques siècles de distance, et trop souvent on voit s’effilocher, au fil de pages qu’on sent dictées par l’esprit du temps davantage que par une individualité propre, un être incertain, de plus en plus fantomatique et anonyme). » (p.13-14)

« L’amour chez l’homme n’est rien d’autre que la reconnaissance pour le plaisir [sexuel qu’on lui a] donné ». (p.39)

« Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d’imaginer le point de vue de ceux qui, n’ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière » (p.56)

« Je me tus méthodiquement : quand on se tait méthodiquement en les regardant droit dans les yeux, en leur donnant l’impression de boire leurs paroles, les gens parlent. Ils aiment qu’on les écoute, tous les enquêteurs le savent ; tous les écrivains, tous les espions. » (p.68)

« Il était né en 1922, vous vous rendez compte ! Cent ans exactement !… Il s’était engagé dans la Résistance dès le début, dès la fin de juin 1940. Déjà, à son époque, le patriotisme français était une idée un peu dépréciée on peut dire qu’il est né à Valmy en 1792, et qu’il a commencé de mourir dans les tranchées de Verdun en 1917. Un peu plus d’un siècle, au fond, c’est peu. Aujourd’hui, qui y croit ? Le Front national fait semblant d’y croire, c’est vrai, mais il y a quelque chose de tellement incertain, tellement désespéré dans leur croyance ; les autres partis, eux, ont carrément fait le choix de la dissolution de la France dans l’Europe. » (p.160)

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